DéBATS & OPINIONS  |     KIOSQUE  |    

"M. le Président de la République, connaissez-vous réellement les angoisses de vos compatriotes du monde rural?"

Par Mallami Boucar - 22/09/2014

À l’instar, de beaucoup de nos compatriotes, j’ai suivi à la télévision, la présentation du nouvel avion présidentiel que vous avez tenu, contre vents et marées, à acheter

 

Je reconnais que celui acquis sous Kountché a ses plus belles années derrière. Sur cet aspect, il n’y a rien à dire. Cependant, le tout ne réside pas dans la nécessité de la dépense ; encore faut-il que l’opportunité de la dépense se justifie. Or, vous allez sans doute en convenir avec moi, vous avez effectué une dépense de prestige alors qu’il y a des urgences, et même des alertes graves sur le plan alimentaire. Pour rappel, les organisations humanitaires estiment que plus de cinq millions de Nigériens (5,3 millions) sont aujourd’hui sous le coup d’une insécurité alimentaire qui sévit déjà avec acuité dans la région de Diffa, situation exacerbée par l’arrivée massive de plus de 50 000 réfugiés et retournés du Nigeria. Voici, à titre de rappel, ce que je vous rapportais, il y a quelque semaines, à propos de cette situation à Diffa : « La situation humanitaire des réfugiés et retournés et des communautés d’accueil dans la région de Diffa reste préoccupante. Leurs besoins en vivres, semences, abris et assainissement, jugés prioritaires par la mission inter-agences du mois d’avril, ne sont que partiellement couverts à la fin du mois de juin. Les besoins en semences pluviales et en engrais restent à satisfaire dans leur entièreté. Les besoins semenciers avaient été évalués à 64 tonnes de cultures pluviales pour 30 000 individus répartis dans 4 286 ménages et à 17,86 tonnes pour les cultures maraîchères. L’évaluation conjointe d’avril 2014 montrait déjà que les stocks des ménages étaient épuisés et que beaucoup de ménages manquaient de semences. Il y a urgence à agir pour la distribution des semences avant la mi-juillet. Deux cent trente zones géographiques du Niger sont vulnérables à l’insécurité alimentaire en juin 2014, a révélé le Dispositif national de prévention et de gestion des catastrophes et crises alimentaires (DNPGCCA). Sans une assistance alimentaire conséquente pendant la période de soudure, leur situation alimentaire risque de se détériorer davantage. Cela est d’autant plus vrai que les actions de mitigation/atténuation menées entre novembre 2013 et mai 2014 n’ont pas pu couvrir la totalité des besoins. Dans la zone pastorale, la situation de l’alimentation animale est préoccupante presque partout. Elle est même critique dans de la zone comprise entre Bermo - Abalak- Aderbissenat - lngall – Tchintaborak, selon une récente mission de terrain des responsables nationaux de l’élevage. Cela occasionne des abattages d’urgence avec bradage des animaux à des prix dérisoires ». L’achat de votre avion est donc inopportun. Et d’ailleurs, il est trop vieux pour le prix auquel vous prétendez l’avoir acheté. Mais, ça, c’est une autre histoire. L’acquisition de cet avion présidentiel dont vous avez cru devoir changer le nom, ce qui est totalement ridicule, est même, vue sous cet angle prioritaire de la sécurité alimentaire au Sahel, scandaleuse. Comment pouvez-vous investir 21 milliards pour acquérir un avion alors qu’il faut, disent les organisations humanitaires, quelques 7,4 millions de dollars, soit un peu moins de quatre milliards de nos francs, pour répondre aux besoins prioritaires urgents dans les domaines de la protection, de l’alimentation, de la nutrition, des biens, des biens non alimentaires et de la santé. Fils de paysan, je trouve personnellement que vous avez manqué le coche. Connaissez-vous réellement les angoisses de vos compatriotes du monde rural ? Savez-vous seulement à combien de vos compatriotes vous auriez pu donner le sourire, en pleine période de soudure en mettant cette fortune dans le grain et l’eau potable ? Savez-vous qu’au Malawi, la présidente, dont personne ne peut contester la clairvoyance et le sens des responsabilités d’État, a plutôt vendu l’avion présidentiel pour acquérir des vivres, des semences et des engrais ? C’est là une haute action qui a été opportunément rappelée sur les ondes de certaines radios internationales, histoire de montrer que le Président nigérien et celle du Malawi vivent sur deux planètes différentes.

 

Monsieur le Président, au-delà du caractère inopportun et inélégant de cet achat d’avion dans un contexte de difficultés alimentaires, il y a également ce débat suscité par le coût d’acquisition de l’appareil, eu égard à son âge. Vous prétendez y avoir investi une vingtaine de milliards alors que l’appareil sorti d’usine, ne coûte guère que huit milliards. Rassurez-vous, je ne parlerai pas de détournement d’argent ou même de détournement de destination, même si j’ai eu l’occasion de constater qu’il a été publié dans le Journal officiel de la République du Niger que les 21 milliards ainsi utilisés étaient destinés à l’acquisition d’un avion militaire. Bien qu’elle soit suffisamment grave pour qu’elle ne vous soit pas rapportée, je ne m’attarderai pas sur cet aspect d’une délicatesse extrême. Ce qui m’intéresse, c’est de vous montrer l’incongruité de mettre plus de 20 milliards pour vous acheter un avion tandis que des millions de vos compatriotes attendent la providence pour être sauvés de la famine. Rien que la semaine dernière, selon le système d’alerte précoce famine de l’USAID (FEWS NET), « La période de soudure approche à grands pas et plus de 4,2 millions de Nigériens sont actuellement confrontés à l’insécurité alimentaire ». Et dire que cela ne tient pas encore compte de la réalité qui se profile à l’horizon. Cette réalité, pourrait se révéler dramatique ¯que Dieu nous en préserve ¯ et le drame du Niger et de son peuple, c’est que votre gouvernement semble être à la remorque des organisations humanitaires sur un sujet et un théâtre qui concernent au premier chef l’État. Voici un autre son de cloche inquiétant de ces organisations humanitaires, rendu public dans le cadre du Plan de réponse stratégique pour le Niger 2014 et que je tiens du site Internet d’Ocha Niger : « Malgré les résultats sortis de l’atelier d’Agadez de Juin 2014 et validés par le Comité Elargi de Concertation le 15 août 2014, qui indiquent que plus de 5,3 millions de personnes (soit 28%) sont vulnérables à l’insécurité alimentaire, les partenaires humanitaires ont décidé de retenir le chiffre initial de planification de 3.4 millions de personnes ciblées dans la revue du plan de réponse, telle que déterminée à la suite de l’Enquête Nationale sur la Vulnérabilité à l’insécurité alimentaire des ménages (novembre 2013). En fait, considération a été aussi faite des réponses apportées soit par Gouvernement soit par d’ autres acteurs non humanitaires à travers notamment des activités telles que la vente à prix modérés (VAM) des vivres, la distribution gratuite ciblée (DGC), etc. De ces 4.2 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire en 2014, les activités contenues dans ce plan de réponse ciblent uniquement 3.4 millions de personnes dans le besoin d’une assistance humanitaire. En fait, selon les résultats de l’Enquête Nationale sur la Vulnérabilité à l’insécurité alimentaire des ménages sortis en Novembre 2013, les 3.4 millions représentent les 80% du total des personnes nécessitant une aide humanitaire en 2014 (soit 4.2 millions) ». C’est dire que, pour reprendre les mots d’Ocha Niger, « La situation humanitaire reste globalement préoccupante au Niger alors que le pays est rentré dans la période de soudure ». C’est ce moment critique pour les populations nigériennes, prises en étau entre une crise alimentaire inévitable et des inondations qui, selon l’ONU, « dépasse la barre des 28 morts ». En effet, d’après les estimations de l’ONU, publiées jeudi dernier et rapportées par le journal L’Enquêteur dans sa livraison du mardi 9 septembre 2014, « au moins 28 personnes sont mortes et plus de 51 000 sont sinistrées au Niger à cause de fortes intempéries qui ont provoqué des inondations depuis juin ». Ocha ajoute que « ces intempéries ont également détruit plus de 4 500 maisons et plus de 250 hectares de champs et de jardins ». Pourtant, fait extraordinaire, votre gouvernement est presque absent sur ce terrain, préoccupé qu’il est à piloter un programme politique abject et désastreux pour les Nigériens. Le constat est clair : ce sont les organisations humanitaires qui sont les plus promptes à alerter et à réagir face aux catastrophes qui frappent des Nigériens. J’ai eu à vous relever l’absence du gouvernement lors des inondations qui ont dévasté Gabagoura et Lossa goungou.

Monsieur le Président, je suis, pour tout vous dire, fatigué de vous ressasser les mêmes choses sans jamais constater une amélioration dans votre conduite. Je suis désespéré. Mais rassurez-vous, je serai là jusqu’au bout. L’achat de votre avion n’est de toute façon que le côté visible de l’Iceberg. Un jour, les Nigériens le verront dans toute sa grandeur nature. Quant à moi, je vous renouvelle ma fidélité et mon engagement à continuer ce travail ingrat pour lequel bien de compatriotes me souhaitent l’enfer et ses tourments éternels.

 

 
MOTS CLES :

0 COMMENTAIRES

Afficher tous les commentaires | Poster un commentaire

POSTER UN COMMENTAIRE

Identifiez- vous : pseudo* e-mail
Titre du commentaire
votre commentaire
Etre prévenu par email quand une réponse est faite
Ne cochez oui que si vous voulez recevoir des mails en cas de réponse sur ce sujet et que vous avez saisi votre mail
Je reconnais avoir pris connaissance des conditions d'utlilisation

POLITIQUE

SPORTS

ECONOMIE & BUSINESS

DOSSIERS

Culture & Loisirs

Société

Débats & Opinions

Personnalités

Agenda - événements

Festival Karaka
Tous les événements

TOUT L'UNIVERS JOURNALDUNIGER.COM

DOSSIERS

Dossiers

L'INTERVIEW

Interview

COMMUNIQUES OFFICIELS

Communiqués