Tillabéri, 24 février 2025 — Dans un déplacement aussi inattendu que symbolique, le Président du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), le Général de Brigade Abdourahamane Tiani, a foulé le sol de la région de Tillabéri dimanche. Accompagné d’une délégation de haut rang, incluant le Ministre d’État et Ministre de la Défense Nationale, le Général de Corps d’Armées Salifou Mody, ainsi que le Chef d’État-Major des Armées, le Général de Brigade Moussa Saloua Barmou, il a choisi comme destination le site aurifère de Samira, suivi du village reconstruit de Libiri. Ce voyage marque sa première sortie officielle à l’intérieur du pays depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, qui l’a porté à la tête du Niger.
Le Général Tiani : une visite sous le signe de la sécurité et de la solidarité
La région de Tillabéri, située dans la tumultueuse zone des trois frontières (Niger, Mali, Burkina Faso), est un théâtre d’opérations pour les groupes armés terroristes (GAT) qui sévissent depuis plusieurs années. Le site minier de Samira, l’une des plus importantes exploitations aurifères du pays, n’échappe pas à cette menace. Régulièrement visé par des attaques, ce lieu stratégique incarne à la fois un moteur économique pour le Niger et un défi sécuritaire majeur pour les autorités. En s’y rendant, le Général Tiani envoie un message clair : le pouvoir en place ne cède pas face à l’insécurité et entend maintenir une présence active dans les zones les plus sensibles.
Lors de cette visite, le chef de l’État a rencontré les éléments des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) stationnés à la garnison de Samira. Selon des sources proches de la délégation, l’objectif était multiple : évaluer les conditions de vie et de travail des soldats, leur témoigner un soutien moral et les encourager à redoubler d’efforts dans leur mission de sécurisation. « Ces hommes et ces femmes sont en première ligne pour protéger notre nation. » « Leur résilience est notre force », a-t-il déclaré lors d’un échange avec les troupes, selon des témoignages recueillis sur place.
Libiri : un symbole de renaissance
Après Samira, la délégation présidentielle a mis le cap sur le village de Libiri, situé à proximité de la frontière avec le Burkina Faso. Une attaque terroriste a durement frappé ce village le 11 décembre 2024. Les assaillants ont incendié des habitations et des infrastructures, forçant les habitants à fuir. Sur instruction personnelle du Général Tiani, les populations ont été réinstallées et le village reconstruit. Hier, l’accueil réservé au président a été à la hauteur de l’événement : une foule enthousiaste, composée de jeunes, de femmes et d’anciens, s’est massée sur la place centrale pour saluer son arrivée.
Dans un geste concret de solidarité, le Général Tiani a remis aux représentants locaux des vivres (riz, sucre, ainsi que des kits pour la construction d’abris), une aide précieuse à l’approche du mois de Ramadan. « Nous ne laissons personne derrière. » « La reconstruction de Libiri est la preuve que l’État reste aux côtés de son peuple, même dans les moments les plus sombres », a-t-il affirmé.
Un enjeu économique et stratégique
La visite s’est conclue par une étape à l’usine de la Société des Mines du Liptako, qui exploite le site aurifère de Samira. Les travailleurs, visiblement galvanisés par cette rare présence officielle, ont saisi l’occasion pour exposer leurs préoccupations. Ils ont plaidé pour un renforcement du soutien étatique afin que cette mine, exploitée par des investisseurs étrangers, contribue davantage au développement économique national. Le Niger, connu pour ses réserves d’uranium, mise de plus en plus sur l’or pour diversifier ses ressources, et Samira représente un atout clé dans cette stratégie.
Ce déplacement intervient dans un contexte où le CNSP, au pouvoir depuis plus d’un an et demi, cherche à consolider sa légitimité. En se rendant dans une région aussi stratégique que Tillabéri, le Général Tiani montre sa détermination à conjuguer lutte contre le terrorisme et développement économique, deux priorités affichées par son régime.
Le Général Tiani : une opération à haut risque
Si les populations locales et certains observateurs ont apprécié cette visite comme un acte de courage, elle n’en demeure pas moins risquée. La zone des trois frontières reste un foyer d’instabilité, où les GAT, notamment l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), continuent de mener des opérations meurtrières. Les récentes attaques dans les environs de Samira, comme celle de Bourkou-Bourkou en août 2023, rappellent la précarité de la situation sécuritaire. Pourtant, ce choix audacieux pourrait renforcer l’image d’un dirigeant prêt à affronter les défis là où ils se posent.
Alors que le Niger poursuit sa quête de stabilité et de souveraineté sous la houlette du CNSP, cette première incursion du Général Tiani hors de la capitale ouvre un nouveau chapitre. Entre défi aux groupes armés, soutien aux populations et relance économique, le président nigérien semble décidé à marquer les esprits. Reste à savoir si cette opération symbolique sera suivie d’actions concrètes pour pacifier et développer une région qui en a cruellement besoin.