L’horizon du Vatican s’assombrit une fois de plus sous l’ombre inquiétante de la fragilité physique de son souverain pontife. À 88 ans, le pape François s’apprête à franchir à nouveau les portes de la polyclinique Agostino Gemelli à Rome, pour des examens approfondis et un traitement prolongé contre une bronchite récalcitrante. En effet, cette annonce officielle du Saint-Siège, bien que formulée avec la retenue habituelle, ravive les interrogations quant à la pérennité de son ministère dans un contexte où les affections répétées semblent saper progressivement ses forces.
Un parcours médical jalonné d’épreuves
L’histoire de la santé du Pape argentin est loin d’être exempte de tribulations. Dès son adolescence, une épreuve pulmonaire sévère a marqué Jorge Mario Bergoglio, aboutissant à l’ablation partielle d’un poumon. Un détail médical qui, rétrospectivement, éclaire les complications respiratoires dont il est régulièrement victime. Sa récente bronchite s’inscrit ainsi dans une continuité clinique préoccupante.
Au-delà de ses affections pulmonaires, le souverain pontife a vu son organisme mis à l’épreuve par diverses pathologies. En 2021, une intervention chirurgicale majeure a nécessité l’ablation d’une portion de son côlon en raison d’une diverticulite. Puis, en 2023, une opération abdominale est venue alourdir son bilan médical. Pourtant, loin d’être réduit à l’immobilisme, François continue d’assumer un emploi du temps exigeant, défiant son âge et les aléas de la maladie avec une ténacité rare.
François : un pontife à l’ouvrage malgré l’adversité
Si son souffle se fait plus court et sa voix plus fragile, son engagement, lui, demeure indéfectible. Avant même son hospitalisation, François a tenu ses audiences matinales, recevant le Premier ministre slovaque et Mark Thompson, directeur général de CNN. Un signe manifeste que, malgré ses difficultés à s’exprimer longuement, son acuité intellectuelle reste intacte.
Son pontificat, marqué par une volonté de réforme et un souci des périphéries, n’a jamais cédé aux diktats du repos forcé. En témoignent ses récents voyages, dont un périple titanesque de 32 000 kilomètres à travers l’Asie du Sud-Est et le Pacifique Sud. L’usage régulier d’une canne, et par moments d’un fauteuil roulant, entrave désormais la mobilité de cet homme, ce qui rend cette entreprise audacieuse.
L’avenir sous la loupe du Vatican
Chaque nouvel épisode médical du Pape François ravive une question délicate : celle de la suite de son pontificat. L’histoire récente de l’Église a déjà connu la renonciation de Benoît XVI en 2013, un précédent qui demeure dans tous les esprits. Toutefois, le Pape actuel, malgré les épreuves physiques, a jusqu’ici esquivé toute allusion à une éventuelle abdication, préférant avancer à son rythme, porté par une mission qu’il considère inachevée.
L’agenda du Saint-Père demeure d’ailleurs bien garni, avec en ligne de mire une rencontre attendue avec le roi Charles III en avril. Mais derrière la solennité de ces échéances, le corps du Pape François impose un rythme que ni sa volonté de fer ni la ferveur des fidèles ne peuvent ignorer. L’heure est peut-être venue pour l’Église catholique de se préparer à une transition dont l’issue reste incertaine, mais dont les signes avant-coureurs ne peuvent être éludés.
Tandis que Rome scrute le ciel en quête de réponses, François, lui, poursuit son chemin, témoin d’une Église qui avance entre tradition et mutation, entre force et vulnérabilité.