Bobo-Dioulasso, 25 mars 2025 – Ce mardi, alors que le jour peinait à déchirer le voile de la nuit, un fracas assourdissant a ébranlé la quiétude de Yabasso, petit village blotti à 45 kilomètres de Bobo-Dioulasso, sur la Route Nationale 1 (RN1). Une collision frontale, d’une violence inouïe, a opposé un véhicule de tourisme à un titan d’acier, un camion de dix tonnes, semant la désolation dans son sillage. Trois âmes ont été fauchées dans cet élan tragique, laissant derrière elles un silence pesant et des cœurs meurtris.
Une rencontre fatale sur l’asphalte
Les circonstances de ce drame, encore nimbées de mystère, esquissent un tableau sur lequel la vitesse, l’imprudence ou une funeste distraction pourraient avoir joué les sombres marionnettistes. Le véhicule de tourisme, frêle esquif face à la masse imposante du camion, n’a eu aucune chance dans ce choc titanesque. Les débris éparpillés sur la chaussée, témoins muets de l’impact, ont figé l’instant où tout a basculé. Selon les premiers témoignages recueillis sur place, le grondement des moteurs s’est tu brutalement, remplacé par les cris d’effroi des rares passants matinaux.
Aussitôt alertée, la 2ᵉ Compagnie d’Incendie et de Secours (CIS2) de Bobo-Dioulasso, rattachée à la Brigade Nationale des Sapeurs-Pompiers (BNSP), a dépêché ses soldats du feu sur les lieux. Avec une célérité exemplaire, ces anges gardiens de l’urgence ont lutté pour extraire les victimes des carcasses disloquées. Mais pour trois d’entre elles, le destin avait déjà scellé son verdict implacable. Les corps, arrachés à la vie dans un souffle, ont été confiés aux mains respectueuses des secours, tandis que les survivants, s’il y en avait, ont été conduits vers un espoir de rémission.
La RN1 : Une route maudite, un appel à la vigilance
La RN1, artère vitale reliant Ouagadougou à Bobo-Dioulasso, n’en est pas à son premier deuil. Les annales récentes murmurent des récits similaires : en janvier 2024, neuf vies s’étaient éteintes dans une collision sur cet axe et les braquages à répétition, comme ceux de l’été 2022 à Yabasso même, rappellent que cette voie est autant un cordon économique qu’un théâtre de périls. L’état des chaussées, souvent rongées par le temps, les dépassements hasardeux et l’absence de signalisation adéquate, sont autant de spectres qui hantent les usagers. Face à cette nouvelle tragédie, la BNSP, par la voix de ses responsables, a élevé un cri d’alarme : « Que ce drame soit un électrochoc. La prudence doit guider chaque tour de roue, chaque décision au volant. Le Code de la route n’est pas une entrave, mais un rempart contre l’abîme. »
Les statistiques, implacables, viennent appuyer cet appel. En février 2025, le Burkina Faso a recensé 1 120 accidents, ôtant 64 vies et blessant 513 âmes, selon des données officielles. Yabasso, avec ses 45 kilomètres de distance de la capitale économique, s’inscrit désormais dans cette litanie funèbre, un nom de plus gravé dans la mémoire collective des routes burkinabè.
Une communauté en quête de sens
À Yabasso, le temps semble suspendu. Les villageois, accourus sur les lieux, ont contemplé, impuissants, le ballet des gyrophares et des uniformes. Les murmures évoquent déjà une enquête à venir, confiée aux autorités compétentes, pour démêler les fils de cette catastrophe. Était-ce une faute humaine, une défaillance mécanique ou un caprice du sort ? Les réponses, encore embryonnaires, ne ramèneront pas les disparus, mais elles pourraient éclairer les chemins à venir.
Dans cette région des Hauts-Bassins, où la vie pulse au rythme des champs et des marchés, la perte de trois existences résonne comme un glas. Les familles, plongées dans l’ombre du chagrin, attendent dorénavant que la lumière de la justice ou de la solidarité vienne adoucir leur peine. La BNSP, fidèle à sa mission, a réitéré son engagement à veiller sur les routes, mais elle ne peut agir seule. Cette danse délicate de la responsabilité partagée invite conducteurs, piétons et autorités.
Une étoile dans la poussière
Alors que les débris sont balayés et que la RN1 reprend son souffle, Yabasso reste marqué par cette aube funeste. Mais au-delà des larmes et des regrets, une lueur persiste, ténue, dans l’appel à changer les choses. Et si, de ce chaos, naissait une prise de conscience ? Si chaque voyageur, en posant les mains sur son volant, se souvenait que la route n’est pas une conquête, mais un pacte fragile avec la vie ? Sous le ciel immense du Burkina, où les étoiles veillent sur les âmes envolées de cette tragédie, une leçon, un espoir, une promesse pourraient encore émerger, portées par le souffle du vent.